En ouvrant à Dakar le premier forum réunissant le REFRAM, le RIARC et les grandes plateformes numériques, le président du CNRA, Mamadou Oumar Ndiaye, a appelé les opérateurs mondiaux à renforcer leur présence en Afrique. Il a dénoncé la distance géographique et culturelle entre les plateformes et les réalités du continent. Les régulateurs demandent désormais des engagements concrets en matière de modération, de transparence et de soutien aux médias.
Le président du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA), Mamadou Oumar Ndiaye, a exhorté lundi les grandes plateformes numériques à renforcer leur ancrage en Afrique, estimant qu’elles demeurent « trop éloignées » des réalités francophones du continent. « Nous attendons des engagements plus ambitieux, notamment un ancrage territorial renforcé dans l’espace africain », a-t-il déclaré.
Il s’exprimait à l’ouverture, à Dakar, du premier forum de dialogue réunissant le Réseau francophone des régulateurs des médias (REFRAM), le Réseau des instances africaines de régulation de la communication (RIARC) et plusieurs grandes plateformes mondiales. Cette rencontre est consacrée aux défis de la régulation des contenus numériques, dans un contexte marqué par la montée de la désinformation, des discours de haine et des dérives liées à l’intelligence artificielle générative.
Selon Mamadou Oumar Ndiaye, certaines plateformes chargées de traiter les contenus de l’Afrique noire francophone opèrent depuis des sièges « très éloignés de l’Afrique de l’Ouest », créant un décalage entre les décisions de modération et les réalités locales. Il a appelé les opérateurs à mieux maîtriser les contextes linguistiques et culturels, afin d’assurer une modération plus juste, plus transparente et plus compréhensible pour les utilisateurs africains.
Le président du CNRA a également demandé aux plateformes d’apporter un soutien concret aux écosystèmes médiatiques, notamment par des programmes de formation, des actions d’éducation aux médias et des appuis techniques destinés aux rédactions. Il a rappelé que la vitalité des médias locaux dépend aussi de la manière dont les plateformes gèrent, valorisent et modèrent les contenus issus du continent.
Ce forum vise en outre à assurer le suivi du protocole d’engagement volontaire d’Abidjan, signé en avril 2024 entre les régulateurs africains et plusieurs grandes plateformes, avec l’appui de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Ce texte engage les plateformes à renforcer la proximité avec les utilisateurs francophones, à améliorer la modération linguistique et à assumer davantage leurs responsabilités face aux contenus préjudiciables.
Intervenant à la rencontre, le directeur des affaires politiques et de la gouvernance démocratique de l’OIF, Nicolas Guinard, a salué un rendez-vous « essentiel » pour une régulation plus efficace du numérique. Il a insisté sur la nécessité d’une coopération accrue entre régulateurs, plateformes et États pour faire face aux défis d’un environnement informationnel en mutation rapide.
Les travaux se poursuivent à Dakar et devraient déboucher sur des recommandations destinées à renforcer la transparence, la redevabilité et la proximité des plateformes avec les réalités africaines.





